• Dans les coulisses, Au coeur du pouvoir

    La Presse + - Kathleen Lévesque - Publié le 8 août 2016

    Depuis novembre 2013, David De Cotis est le bras droit du maire de Laval, Marc Demers et, à ce titre, il cumule de nombreuses responsabilités dont les finances, le développement économique ainsi que la présidence de la Société de transport de Laval et la vice-présidence du comité exécutif. Il est également le fondateur du Mouvement lavallois, qui a servi de tremplin politique à la nouvelle administration. Qui est donc ce politicien au cœur du pouvoir et pourtant si discret ?

     

    Chaque printemps, David De Cotis s’arme d’une bêche et retourne la terre chez lui pour cultiver un potager. Tous les deux ans, il se lance dans la fabrication de vin maison comme son père avant lui. En 2012, il a même embouteillé 540 L de vin avec son voisin.

    Mais depuis son élection comme conseiller municipal, il y a presque trois ans maintenant, la politique est venue bousculer sa vie. « J’ai réduit mon jardin de moitié, mais j’ai toujours des tomates. Et je ne fais plus de vin. Je manque de temps, mais je ne m’en plains pas », dit-il avec un sourire au coin des lèvres.

    En plus de tous les dossiers qui lui échoient, M. De Cotis occupe les fonctions de maire suppléant depuis quelques mois. Il se réjouit de ses nouvelles tâches, se disant « privilégié » de pouvoir apporter cette contribution supplémentaire. Il laisse à d’autres la lumière des projecteurs.

    De nature discrète, David De Cotis pourrait même être qualifié d’effacé tant il ne cherche pas à se retrouver à l’avant-scène. Tout le long de l’entrevue avec La Presse, il a d’ailleurs cherché à dévier l’attention vers le maire Marc Demers, sa vision, son équipe. Il s’efface pour donner toute la place au maire, aux fonctionnaires, aux citoyens.

    « Ce n’est pas parce que quelqu’un est réservé et qu’il ne parle pas beaucoup qu’il n’a pas d’idées », soutient M. De Cotis. 

    « Il y a des gens qui aiment entendre leur propre voix. Moi, je ne suis pas quelqu’un qui cherche à avoir de la visibilité, mais je travaille fort. »

    — David De Cotis

    C’est en 2005 que M. De Cotis commence à s’intéresser à la politique municipale. Marié, il travaille alors dans les technologies de l’information et rien ne le destine à la politique. Quatre ans plus tôt, il s’était installé à Laval et depuis, il se montrait très critique à l’égard de l’administration du maire Gilles Vaillancourt. Les élections de 2005 l’avaient laissé songeur. « Il n’y avait pas d’opposition et les conseillers municipaux de l’équipe Vaillancourt avaient été élus sans effort », se remémore-t-il.

    En mai 2008, il prend donc contact avec Robert Bordeleau, qui était alors chef du Parti au service du citoyen (PSC). Son objectif est d’apporter son aide. Il n’ambitionne pas d’être candidat.

    L’association ne durera que six mois : David De Cotis pose beaucoup de questions sur l’utilisation des fonds du parti. Trop au goût de M. Bordeleau qui réplique en le poursuivant, en vain, pour diffamation. Les années ont passé et M. Bordeleau, qui a mordu la poussière lors du dernier scrutin, est demeuré amer à l’égard de M. De Cotis. « À l’époque, il est arrivé comme un cheveu sur la soupe et j’ai toujours eu des doutes sur ses véritables intentions », laisse-t-il tomber sans plus d’explication.

    Malgré ces premiers pas difficiles en politique, David De Cotis décide de s’engager dans l’aventure municipale à fond. En novembre 2008, il met sur pied le Mouvement lavallois. Un an plus tard, le nouveau parti brigue les suffrages et obtiendra 22,6 % des voix à la mairie alors que le PSC ne franchira pas le seuil de 15 %. « Pour moi, c’était une petite victoire », commente M. De Cotis.

    C’est lors de cette élection de 2009 que M. De Cotis sollicite pour la première fois Marc Demers. Il devra revenir à la charge à deux autres reprises avant de le convaincre. La voie se libère avec le départ, dans la controverse, de Gilles Vaillancourt, suivi par son arrestation et sa mise en accusation pour gangstérisme.

    ENFANCE COMMUNAUTAIRE

    Selon M. De Cotis, ce sont les valeurs transmises par sa famille qui l’ont préparé, bien malgré lui, à s’engager en politique. Il avoue candidement avoir un petit côté « missionnaire », quitte à aider quelqu’un malgré lui.

    « La leçon que mon père m’a laissée, c’est d’être responsable, honnête toujours, et de ne jamais oublier les gens autour de moi. »

    — David De Cotis

    « Mon père était un homme discipliné qui, comme ma mère, était dévoué à ses enfants », raconte M. De Cotis dans une bouffée d’émotion au souvenir de son père décédé.

    La vie communautaire avec ses élans et ses contraintes de partage, il connaît ça. La famille comptait huit enfants, deux parents et deux grands-parents. « Il n’y avait jamais de silence et on avait un horaire pour l’utilisation de la salle de bains [de 6 h 15 à 6 h 25 pour le jeune David]. Nous avions une vie modeste, mais la famille était riche d’amour », se souvient-il en soulignant qu’il apprécie le calme aujourd’hui.

    La mère de M. De Cotis, Filomena Rainone, est rayonnante lorsqu’elle parle de ses enfants. « Ils croient en la famille », dit-elle avec fierté. La dame d’origine italienne est accueillante. Une collation a été préparée pour l’entrevue et La Presse a eu droit à une visite guidée du potager de quelque 200 m2, à vue de nez. En longeant les rangs de légumes, elle explique que David n’était pas un enfant turbulent. « C’était un enfant persévérant, très respectueux des règles », dit-elle.

    Elle avoue toutefois avoir été surprise par le choix de son fils de se lancer en politique. « Je n’étais pas très contente d’abord, parce qu’en politique, il y a toute sorte de gens qui vous critiquent. Je pensais qu’il choisirait une vie plus tranquille. Maintenant, je sais que David va faire des choses justes pour la communauté. J’ai confiance », ajoute-t-elle.

    DAVID DE COTIS EN CINQ DATES

    2008

    Critique à l’égard de l’administration de Gilles Vaillancourt, il s’engage auprès du Parti au service du citoyen (PSC), mais il le quitte rapidement.

    2008

    Il met sur pied le Mouvement lavallois.

    2009

    Le parti participe aux élections pour la première fois, récoltant 23 % des voix à la mairie.

    2012

    Après deux tentatives infructueuses, il convainc Marc Demers de se présenter aux élections de novembre 2013.

    2013

    Le Mouvement lavallois remporte les élections.

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