La belle Rose de Laval

La Presse + - Isabelle Massé - Publié le 7 juillet 2016

La Presse vous présente chaque semaine de l’été une artère commerciale de l’extérieur de Montréal à travers ses détaillants incontournables, originaux ou charmants. Aujourd’hui, le boulevard Sainte-Rose, à Laval.

Bifurquer dans le vieux Sainte-Rose, lorsqu’on traverse Laval en voiture, nous prouve que les artères commerciales de la ville ne riment pas qu’avec grands boulevards et urbanisme empreint de froideur. Le boulevard Sainte-Rose, qui serpente le quartier parallèlement à la rivière des Mille-Îles, retient l’attention du passant grâce à sa végétation et ses bâtiments d’un autre temps, souvent collés sur la rue. 

« Il y a une histoire, un charme bucolique ici, décrit Philippe Borzelli Marchand, président de l’Association des commerçants et gens d’affaires de Sainte-Rose. On marche dans un quartier ancestral avec beaucoup d’arbres, où la culture est mise de l’avant. Quand on arrive ici, on recule dans le temps. »

Et le charme opère, malgré la circulation dense, causée par la proximité du boulevard Curé-Labelle et du pont Marius-Dufresne, qui mène à Rosemère. Parce que l’artère commerciale se suffit presque à elle-même, grâce à la diversité des services (fleuriste, cabinet d’avocats, centre de santé, station d’essence, banque, pharmacie, restaurants…). Parce que la présence d’une église et de sa « caisse pop », d’écoles et de centres pour retraités lui confère davantage le qualificatif de village plutôt que celui d’artère commerciale. 

« Ce printemps, Laval a déposé une première version du futur schéma d’aménagement, le dernier datant de 1990 », raconte Virginie Dufour, conseillère municipale de Sainte-Rose.

« Un élément majeur de ce schéma d’aménagement est de recréer des quartiers à échelle humaine. On veut enlever la prépondérance de la voiture. Sainte-Rose est un noyau villageois avec une histoire et tous les services. C’est d’ailleurs l’exemple qui est donné pour les autres quartiers. »

— Virginie Dufour

« Après avoir eu un magasin dans le Vieux-Montréal, j’ai choisi Sainte-Rose, il y a 39 ans, car c’était un magnifique petit village tranquille, dit Heinz Hartmann, propriétaire d’Aux Girouettes. Il y avait de vieilles maisons. C’était charmant. Aujourd’hui, il y a plus de bruit… »

Une activité culturelle n’attend pas l’autre dans le vieux Sainte-Rose. « Plus de gens viennent y marcher qu’avant, à cause du Symposium de peinture et de sculpture, de la Semaine des artisans, du Festibière, de Sainte-Rose en Blanc…, estime Daniel Curran, propriétaire de Bagel Ste-Rose. Ça fait connaître le vieux Sainte-Rose. Il y a encore place à l’amélioration, mais on sent que quelque chose se passe. »

Car Daniel Curran aimerait voir l’artère s’exprimer tant de soir que de jour. « Le soir, c’est plus calme », dit-il.

« La crémerie Le Berlingot, par exemple, amène des gens le soir, mais il faudrait avoir un peu plus de variété de commerces », admet Virginie Dufour.

LA RUE S’ASSOUPIT

C’est que les résidences pour retraités ne drainent pas beaucoup de citoyens dans la rue, tard en soirée. Une fois les événements culturels bouclés, la rue s’assoupit également. « On a alors de la difficulté à avoir du monde même un dimanche après-midi », constate Virginie Dufour.

La conseillère compte sur un projet de revalorisation des berges de la rivière des Mille-Îles pour dynamiser la rue. Elle souhaite les rendre plus accessibles par le boulevard Sainte-Rose. Et pas qu’aux gens du coin. « Pour le moment, la berge est pour les initiés, dit-elle. On veut attirer des gens de l’extérieur, mais il y a des inquiétudes. L’an dernier, une centaine de résidants ont assisté à un atelier de cocréation et ont fait des propositions d’aménagement. Puis, on a convoqué l’Association des commerçants et un seul s’est présenté. Ce fut un échec pour nous, car on n’a pas réussi à les mobiliser. Ils ne se sentaient pas interpellés. »

Depuis, les commerçants ont été rencontrés de nouveau. « On ne veut pas n’importe quoi, exposait Élysabeth Bougie, avocate et secrétaire de l’Association des commerçants, avant cette réunion. On va choisir la bonne vocation à donner aux berges. On est pour le développement, mais la berge n’est pas grande… »

En fait, les plans ne manquent pas pour redonner un aspect harmonieux à la rue, que des façades plus récentes et ternes ont visuellement dénaturée. Et pour inciter de nouveaux commerçants à occuper les quelques locaux vacants. « De grandes tables ont fermé ces derniers mois, explique Virginie Dufour. Des restos comme Le Saint-Christophe, par exemple, car les propriétaires voulaient prendre leur retraite. Mais on a un problème de relève. Il y a de nouveaux commerces intéressants, comme la chocolaterie Lili Sweet et La brise verte. On constate la relève dans certains créneaux, mais c’est plus difficile pour les restos. »

Catégories: 

Partager


Archives