Une fierté pour Laval

À la tribune, le maire Marc Demers pousse une craque : « Depuis des années, Laval passe sous l’ombrage médiatique de Montréal. Mais les journalistes sportifs et culturels sont dorénavant condamnés à porter attention à ce qui se passe à la ville de Laval ! »

En ce jour d’inauguration de la Place Bell, M. Demers a bien le droit de s’emballer. Le nouveau complexe de sport-spectacle de Laval est d’une qualité exceptionnelle.

L’enceinte principale, où évoluera le Rocket, compte 10 000 sièges confortables – les compagnies aériennes devraient s’inspirer du dégagement pour les jambes ! – et une quarantaine de loges privées. De partout, on profite d’une vue en plongée sur la patinoire. On imagine sans peine l’ambiance durant les matchs si l’équipe affiche la fougue du célèbre numéro 9, en l’honneur de qui elle est nommée.

Ce n’est pas tout : une deuxième glace de dimension olympique, entourée de 2500 sièges, est réservée au patinage de vitesse courte piste et au patinage artistique. Et la troisième patinoire profitera au hockey mineur.

 

Le coût de la Place Bell ? Légèrement moins de 200 millions, somme acquittée par la Ville de Laval (120 millions), le gouvernement du Québec (46 millions), la société Bell (20 millions) et evenko (12 millions).

Une initiative doit être soulignée : les concepteurs ont eu la bonne idée de saluer de grands athlètes lavallois, de naissance ou d’adoption, en affichant leur photo dans le Hall d’honneur.

La liste est impressionnante : Mike Bossy, Tania Vicent, Josée Chouinard, Roland Gladu, Claude Ferragne, Réjean Genois et plusieurs autres. Le plus grand d’entre eux, l’unique Henri Richard, sera honoré au moyen d’une des trois œuvres d’art spécialement créées pour ce complexe situé à deux pas de la station de métro Montmorency.

Tout ce coin, où l’on retrouve une antenne de l’Université de Montréal et le cégep Montmorency, se développe à grande vitesse. Le maire Demers le qualifie de « nouveau centre-ville » de Laval, une notion qui fait moins rigoler qu’auparavant. Un vaste terrain tout juste à côté de la Place Bell accueillera l’Espace Montmorency, où une dizaine de tours seront construites : commerces, bureaux, condos…

Au cours des cinq prochaines années, 1 milliard de dollars seront investis dans ce « centre-ville ». Quand on se promène dans les alentours, on ne ressent pas encore l’effervescence promise. Mais le potentiel est là. Pour le concrétiser, les Lavallois devront s’approprier l’endroit lorsqu’il sera achevé et lui insuffler la vitalité propre aux pôles urbains les plus agréables.

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Geoff Molson, dont l’empire s’étend chaque année, était radieux en saluant les invités. Si la Ville de Laval est propriétaire de la Place Bell, evenko est le gestionnaire de l’enceinte principale et a contribué à définir ses paramètres. L’objectif est de maximiser son utilisation. En plus des matchs du Rocket, des spectacles seront présentés. Le Cirque du Soleil donnera le coup d’envoi avec OVO à la mi-septembre.

« Un amphithéâtre, ça ne se remplit pas tout seul ! lance Jacques Aubé, grand manitou d’evenko. Depuis un an et demi, on rencontre les agents internationaux pour leur présenter le nouvel aréna de Laval. Comme nous sommes leurs partenaires depuis longtemps, ils nous connaissent très bien et nous écoutent avec attention. »

Pour plusieurs artistes, une salle de 10 000 sièges dotée des équipements les plus modernes est une option intéressante. La Place Bell accueillera aussi d’autres évènements sportifs, comme les championnats canadiens de patinage artistique.

Mais dans un premier temps, l’objectif sera de créer son identité comme domicile du Rocket.

Le Canadien a d’ailleurs pris les grands moyens pour améliorer sa filiale de la Ligue américaine de hockey. Cet été, Marc Bergevin a embauché des joueurs moins connus des amateurs, mais qui connaissent beaucoup de succès dans ce circuit. Matt Taormina, un défenseur de 30 ans efficace en attaque, en est un bon exemple. Le Rocket devra préparer la relève du Canadien, mais aussi gagner sa part de matchs. L’organisation ne veut pas trop de sièges vides à la Place Bell.

La pression sur l’équipe et l’entraîneur-chef Sylvain Lefebvre deviendra forte. Plus question d’évoluer dans un quasi-anonymat. Les médias montréalais s’intéresseront au Rocket et les grands dirigeants du CH assisteront à beaucoup de matchs.

Jusqu’à maintenant, environ 3000 abonnements saisonniers ont été vendus. Pour la Ligue américaine, c’est une base solide, comme le rappelle Geoff Molson. N’empêche qu’en février dernier, lors du dévoilement des couleurs du Rocket, le président du Canadien ne s’en cachait pas : il rêvait d’un chiffre beaucoup plus élevé. Des rabais appréciables ont d’ailleurs été consentis afin de stimuler les ventes. Une première difficulté se profile donc à l’horizon.

Dans ce contexte, le Rocket devra maximiser la vente de billets à l’unité. Sans surprise, les promotions seront nombreuses. L’organisation annonce déjà des « mercredis étudiants », des « vendredis fous » et des « samedis famille ».

Pour les familles souhaitant voir du hockey professionnel à un prix acceptable et dans un environnement agréable, le Rocket offrira une option intéressante.

On peut croire que les foules seront bonnes au début de la saison, alors que les gens découvriront l’équipe et le nouvel amphithéâtre. Mais une fois ce phénomène de nouveauté estompé, le spectacle sur la glace fera foi de tout.

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Le Canadien ne s’en cache pas : il compte faire de Laval une des destinations les plus intéressantes pour un joueur de la Ligue américaine. Les porte-couleurs du Rocket profiteront d’installations rappelant celles de la LNH. Mais l’équipe visiteuse sera aussi bien traitée : vestiaire confortable, bureau pour les entraîneurs, clinique et salle d’entraînement.

Alors tant mieux pour eux ! Mais la Place Bell est d’abord une addition formidable pour les gens de Laval et les jeunes athlètes qui profiteront des deux autres patinoires.

Donald Audette, un dépisteur du Canadien avec un long historique à Laval, a décrit ainsi ce sentiment : « On peut être fiers d’avoir ça dans notre cour ! »

Une phrase simple, mais très juste.

 

Source :

Philippe Cantin, La Presse

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